Et cependant sa gloire aussi a passé

Mais alors il ne faut pas que la mise en scène s’attarde à remuer d’énormes machines; il faut qu’elle se fasse alerte et quelque peu féerique pour répondre aux coups d’aile de l’imagination poétique.

De même l’histoire, les idées, les moeurs de l’Athènes de Périclès nous sont plus familières que celles des premiers siècles de notre ère, et même que celles de nos ancêtres directs.

Cet art était le privilège d’une élite peu nombreuse qui, dédaigneuse des spectacles vulgaires et ne recherchant que les sensations exquises, n’en respirait que la fleur et laissait tomber le reste en poussière. C’est donc une impression générale que doit s’attacher à produire le décorateur; et cette loi n’est pas sans créer des obligations semblables au metteur en scène. Après cette courte digression, je reviens à _Phèdre_, dont il me reste à examiner quelques-unes des dispositions scéniques, en les rattachant à une étude générale. Deuxièmement, nulle action dramatique, née du conflit de passions humaines, ne peut s’isoler des milieux où elle se noue, se développe et tend à sa fin. Si, au contraire, l’actrice sent le poids de sa coiffure, si ses bras ont quelque peine à soulever les plis du pallium qui l’enveloppe, relevé sur le sommet de la tête comme un voile; si ses pas traînent avec un certain effort la longue tunique qui descend jusqu’à ses pieds, alors elle laissera naturellement retomber sa tête; sa démarche trahira la lassitude qui l’accable; ses bras appesantis chercheront un appui sur les femmes qui l’accompagnent; ses gestes seront lents et languissants, et sa voix, sa diction prendront le caractère corrélatif de cet état physique qu’elle aura incliné vers celui qui convient au personnage de Phèdre. Soudain l’effroi s’empare de cette foule dès qu’elle aperçoit le malheureux que le public ne voit point encore, et un mouvement de recul se dessine, harmonieusement mesuré. Aucun jugement critique ne dépasse celui-là, en rigueur et en vérité tout à la fois, car il est porté par l’esprit, dégagé des séductions de la mise en scène et soustrait aux complaisances faciles de nos organes.

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