Chapitre xiv de la sensualité et de l’individualité dans le goût actuel

Supposez que cela se produisît sur la scène, et imaginez qu’au milieu d’Éliante, de Philinte, d’Acaste, de Clitandre, d’Alceste et de Célimène, tous assis, il restât un siège vide: quelle importance ce détail ne prendrait-il pas aux yeux des spectateurs! Ce siège vide intriguerait le public et distrairait l’esprit d’une des plus belles scènes de l’ouvrage, car il serait là comme un siège d’attente et semblerait annoncer un nouveau personnage, et par suite une péripétie que notre esprit serait déçu de ne point voir se produire. Dans cette mise en scène idéale, tout se réduit souvent à des signes purement idéographiques; c’est un fond toujours un peu effacé, semé d’images confuses, qui s’évanouissent dès qu’on veut les considérer avec fixité, mais sur lequel l’oeuvre poétique s’enlève en pleine lumière, comme une belle pièce d’orfèvrerie se détache sur une tapisserie usée par le temps.

Ce qui distingue ces personnalités, issues d’une personnalité plus générale, ce sont, non des différences essentielles, mais des différences de surface, des détails pris sur le vif de la société actuelle, des traits de moeurs particulières.

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