Cette observation pourra paraître subtile

L’esprit du spectateur est donc obligé de reconstruire rétrospectivement la suite interrompue de ses sensations, de revenir de lui-même sur l’idée de fin qui s’était formée en lui: au lieu d’un mouvement en avant, il éprouve donc, non seulement un temps d’arrêt, mais encore un mouvement de recul.

Tant qu’un de ces trois arts borne son ambition à nous procurer, dans toute son intégrité, le plaisir particulier pour lequel il a été créé, il se maintient dans la sphère élevée qui lui est propre; il déchoit dès qu’il empiète sur le domaine des deux autres. A travers la colonnade du fond, on aperçoit une haute colline que couronnent trois temples.

Celui-ci sans doute peut à son gré déchaîner le vent et le tonnerre; il a sous la main, dans son magasin d’accessoires, l’outre d’Éole et le foudre de Jupiter; mais, pour peu qu’il ait conscience des conditions particulières de son art, il se gardera bien d’abuser de pareils effets. Plus l’on compliquera la mise en scène, plus on cherchera à reproduire avec exactitude les impressions de la nature, plus l’on comptera sur la perfection décorative pour agir sur l’inclination morale des spectateurs, et plus l’école réaliste s’éloignera du but qu’elle poursuit; car l’esprit du spectateur, sollicité, par des impressions optiques, et sensible à toute création artistique, s’attachera obstinément à ce qui lui offrira un intérêt immédiat, c’est-à-dire à l’art particulier de la mise en scène, aux procédés scientifiques ou autres de l’imitation, et ne subira par conséquent pas l’influence psychologique qu’on aura eu la prétention d’exercer sur lui.

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