Chaque pas du temps fait des hécatombes d’oeuvres dramatiques; et la grande réputation d’une oeuvre passée

, sont déjà des oeuvres d’art, c’est-à-dire qu’ils ne nous offrent qu’une vérité idéale et des combinaisons purement imaginatives. La postérité commence seulement pour cette oeuvre extraordinaire, qui est destinée tôt ou tard à faire partie du répertoire courant de la Comédie-Française. C’est un contraste qu’on ne peut entièrement éviter, mais qu’il ne faut pas rechercher de parti pris. La locomotive et les voitures du train n’avaient que les dimensions que leur imposait la perspective théâtrale, et par conséquent elles étaient trop petites pour la distance réelle. Dans _le Demi-Monde_, si nous mêlions en regard le rôle d’Olivier de Jalin et celui de Raymond, l’un homme du monde, l’autre militaire, il est clair que les comédiens chargés de ces deux rôles ont immédiatement vu surgir à leurs yeux, des profondeurs de leur esprit, les images initiales de ces deux personnages.

Une pièce qu’on exhumerait au bout de cinquante ans, dans les mêmes décorations et avec les mêmes costumes qu’à sa première représentation, nous ferait l’effet d’une véritable caricature; car, en bien des points, elle pourrait se trouver en contradiction avec les types que le temps aurait formés dans notre esprit.

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