Viens sur mon coeur; que le tien le sente battre, et que ce beau ciel les

Le goût du public, variable d’une génération à l’autre, se lasse peu à peu du même spectacle, et il lui semble, à tort ou à raison, qu’en introduisant quelque variété dans l’appareil théâtral, on pourra se rapprocher d’un idéal qu’en fait on n’atteint jamais. L’esprit est toujours frappé fortement par un contraste. Quelle est, sous ce rapport et en quelques mots, l’esthétique de l’école? Si je vois juste, la voici, dégagée des théories secondaires qui l’encombrent et présentée sans dénigrement avec toute l’impartialité dont je suis capable. Au théâtre, il n’y a pas de toilettes de ville, il n’y a que des costumes de théâtre. Mais on peut à peine dire que dans ce dernier cas il s’agisse d’une intervention musicale, car celle-ci est réduite à un son. Pour un homme qui a assez de loisir, de goût, de délicatesse et d’imagination pour s’abandonner sans réserve à ce jeu de l’esprit qu’on appelle l’art, qui se laisse tout entier attendrir et subjuguer par les accents pathétiques d’Iphigénie ou par la mélancolique chanson d’Ophélie, combien y a-t-il d’hommes dont le cerveau n’est peuplé que des images cruelles de la réalité vivante, qui n’ont ni l’heur ni le loisir de s’essayer ainsi sur la flûte des dieux, et qui le soir, las et meurtris d’un labeur avilissant, ont besoin qu’un coup de baguette magique les transporte dans un monde nouveau, réveille leur imagination engourdie et les ravisse à eux-mêmes et à la bassesse de leurs travaux journaliers! Pour ces hommes, le plaisir de l’esprit n’est jamais pur; il s’y mêle toujours un plaisir des sens.

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