Notre imagination seule crée la mise en scène tragique

En un mot, un drame ne se profile jamais ici-bas sur un fond neutre, semblable à ces fonds gris sur lesquels les peintres enlèvent vigoureusement un portrait, mais sur des tableaux animés eux-mêmes, sur des lambeaux d’histoire humaine et sociale qui sont souvent le commentaire le plus éloquent du drame, soit qu’ils expliquent la fatalité d’un acte par l’influence du milieu traversé, soit que par contraste ils en accusent plus fortement l’horreur.

C’est là son modèle; il s’efforce d’en bien concevoir les formes lumineuses, qui se dessineront dans la chambre noire de sa pensée. Le salon d’une femme du monde n’aura pas le même aspect que celui d’une demi-mondaine, et celui-ci ne ressemblera pas à celui d’une femme galante. Plus tard, quand tout ce bonheur se sera abîmé dans la détresse de son coeur, toute cette mise en scène servira encore, par contraste, à accuser plus fortement la désespérance de Fritz. Ainsi, à la Comédie-Française, tel meuble, inutile à l’action, ne sera _à priori_ qu’un témoignage de confortable ou de somptuosité, tandis qu’au Châtelet, nous serons tentés, _à priori_, de regarder ce même meuble comme indispensable à l’action ou même comme une boîte à surprise possible.

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